La révélation rap de Marseille en interview!
Connu dans l'underground pour ses prestations scéniques remarquées, il sort son 1er album après avoir cartonné en 1ère partie d'IAM. Avec un regard vert pétillant d'intelligence, l'Algérino répond à nos questions...
Peux tu nous dire qui se cache derrière l'Algerino?
"Je m'appelle Samir, j'ai 23 ans et je viens des quartiers nord de Marseille où j'ai grandi." Pourquoi l'Algérino, quel est le secret de ton nom de scène?
"Je suis Algérien, c'est juste un petit surnom qu'on me donnait à l'école et que j'ai gardé depuis..." Plutôt bon élève à l'école ou définitivement cancre?
"Non, j'étais plutôt bon élève. J'ai eu un bac S puis la fac mais la musique a pris le dessus et j'ai arrêté. Ca a fait plaisir à mes parents (rires)" Parles nous de tes débuts dans le rap...
"J'ai grandi à Marseille et avec mes copains de classe on écoutait beaucoup les k7 d'IAM et NTM qui nous ont donné envie de faire du rap, c'est là que tout a commencé. A 9 ans je grattais mes 1ères rimes, comme ça sans vraiment prendre ça au sérieux. C'était juste un passe-temps après la classe entre potes. On était à fond si bien qu'à 11 ans je faisais ma première scène avec les Psy 4 de la Rime. Niveaux textes c'était pas terrible, un peu puéril mais être sur scène ça a été un vrai kiff. J'ai d'ailleurs continué à faire de la scène mais pour la scène pas pour faire de ça un mêtier. Psy4 de la Rime et leur 1er album Bloc Party, ça a vraiment été mon déclic. Je les retrouvais en studio après la fac et ça me démangeait, ils m'ont invité sur le morceau On nait, on vit, on meurt et ça m'a lancé, je me suis dit, pourquoi pas? Et c'est là que tout a commencé." On a pu te (re) voir sur scène pour la 1ère partie de la tournée d'IAM? Raconte nous ta rencontre avec Akhenaton...
"C'est les Psy4 de la Rime (encore eux) qui nous ont mis en connexion car ils le connaissait, on s'est rencontré un jour en studio. Le courant est tout de suite bien passé humainement et artistiquement tu ne peux qu'admirer un Monsieur comme Akhenaton: c'est un grand avec un grand G. Il kiffait ce que je faisais et il m'a simplement demandé de faire sa tournée, j'ai tout de suite accepté. Il était aussi question qu'il produise l'album ça ne s'est pas fait mais il a beaucoup contribué à ce qu'il voit le jour en passant des coups de fils etc...." La 1ère partie d'un groupe comme IAM que vous avez écouté plus jeune, bonne expérience?
"Fantastique. J'étais un habitué de la scène car j'avais quand même pas mal tourné. Beaucoup de petites scènes. Mais la 1ère partie d' IAM c'était un véritable challenge car les gens venaient pour eux. Moi j'avais beaucoup de scènes à mon actif mais j'étais quasiment inconnu du grand public. Pendant les 1ères parties, le public m' a suivi et ça c'est ce que j'aime: emporter le public avec moi, dialoguer avec lui: c'est facile avec des morceaux qui bougent mais quand tu les attrapes avec tes lyrics sur des morceaux pianos voix comme Est ce que tu m'as vu?, là c'est beau.Je me rappelle que dés que je sortais de scène, j'étais plein d'énergie, je rentrais et j'écrivais des textes pour mon album." Tu as signé sur 361 Records alors qu'au départ, tu devais le sortir sur une major, que s'est il passé?
"J'avais effectivement était approché par certaines maisons de disque mais finalement ça n'a pas pu se faire. Elles avaient produit des artistes rap dont les albums n'avaient pas marché. Ca a du les refroidir... J'ai donc sorti l'album sur un label indé 361 Records. Et ça a tout de suite collé. Niveau prod,sur les clips, le choix des thèmes jusqu'au single en sortie, j'ai eu une entière liberté de mouvement. Chose qui aurait sûrement été difficile sur une major où tu cours le risque de faire des choses qui ne te ressemble pas. Donc aucune déception de mon côté bien au contraire." Les premiers seront les derniers, pourquoi ce titre? Peux tu nous parler de ton album?
"Les premiers seront les derniers, c'est un passage de la Tora. C'est pour moi une phrase qui donne un message d'espoir. Cet album, c'est moi, c'est ma vie, j'y raconte des trucs vraiment personnels, des choses qui me tiennent à coeur, mes expériences. Tout ce que j'ai vécu et vu du haut de mes 23 piges et j'en ai vu pas mal. Pour résumer, c'est la vie d'un jeune des quartiers d'origine étrangère en France dans son quotidien, les embûches, la discrimination, les préjugés dont il peut être victime. C'est une dénonciation à l'état pur! Je parle de mes coups de gueule mais je parle aussi de trucs plus joyeux. Pour moi c'est vraiment important qu'il y ait un message dans mes textes, je ne peux pas arriver et rapper sur des choses que je n'ai pas vécues. Moi je suis vrai et je pense raconter des choses vraies." Il y a des morceaux qui bougent mais certains sont assez mélancoliques...
"C'est vrai mais c'est moi. C'est ma personnalité je peux être drôle, fou-fou, mais je suis aussi réfléchi et concerné par certaines choses. C'est une mélancolie positive qui me pousse à réfléchir et à écrire." Tu prends position à plusieurs reprises sur des sujets dits sensibles qui te touchent particulièrement: le voile, la religion. Peux tu nous en parler?
"Effectivement ce sont 2 thèmes qui me tiennent à coeur, c'est pourquoi je ne pouvais pas ne pas en parler. Depuis les attentats aux Etats Unis en 2001, un amalgame est systématiquement fait entre l'Islam et le terrorisme et ça me révolte qu'on l'associe tout le temps à la violence et au fanatisme. L'Islam est une religion de paix et de tolérance c'est ce que je voulais dire. Cela m'a frustré pendant 4 ans et j'avais besoin d'en parler. Idem pour le voile, moi qui ai grandi en France, dans un pays démocratique, je ne comprend pas qu'on puisse se focaliser à ce point sur le voile et que chacun ne puisse pas être libre de vivre et de pratiquer sa religion. Je parle du voile mais aussi de la kippa ou du turban pour les Sikhs." Il y a un très beau morceau, Etoile d'un jour, dans lequel tu rends hommage aux grands hommes? Comment as tu écris ce texte?
"Le morceau m'est venu naturellement, j'étais en studio et j'ai commencé par dire je m'appelle Gandhi et je suis mort. J'ai eu envie de rendre hommage à des hommes qui avaient fait bouger les choses dans leur pays et avaient lutter pour la paix et pour une cause qu'ils estimaient juste. Gandhi, le Général Massoud, MalcomX, ce sont des hommes ultra tolérants que j'admire mais aussi les milliers d'anonyme qui plus modestement contribuent à faire avancer les choses, à leur niveau. C'est un morceau important pour moi, je le dédicace à Ibrahim Ali, un jeune de mon quartier qui s'est fait tué en 95 par des gens du Front National." Te sens tu un peu porte-parole à ton niveau?
"Oui, mais malgré moi. C'est clair qu'à partir du moment où tu es écouté à plus ou moins grande échelle et que tu te paies le luxe de t'exprimer haut et fort, tu devient un porte parole. D'où la nécessité de faire primer le fond." On retrouve tes acolytes des Psy4 de la rime sur M.A.R.S et Akhenaton sur Dans le Mouv', retour d'ascenseur?
"Non c'est logique, j'aime leur rap c'était normal qu'ils soient présents. Et moi je marche au feeling. Et c'est la famille tout ça" Planète Marseille donc, si tu devais collaborer avec quelqu'un ce serait des Marseillais?
"Non, moi c'est au feeling comme je te l'ai dit. Dès qu'il y a un feeling c'est bon" Es tu de ceux qui croient en une rivalité Paris-Marseille un peu sur le modèle ricain?
"Pour moi la seule réalité Paris-Marseille, c'est dans le foot. Sinon c'est n'importe quoi! Moi je kiffe IAM et NTM, les grands du rap mais aussi les mecs comme Rohff ou Kéry James. On n'est pas des Américains, on a pas la même réalité. Pour moi ça n'existe pas!" Niveau prod, il y a beaucoup de vibes différentes, des sonorités funk, arabisantes et même du rock, ça aussi c'est toi?
"Exactement je n'écoute pas que du rap, j'aime plein de choses différentes, la funk, la musique orientale dans les mariages et j'aime aussi le rock!" Après coup est tu satisfait de ton album?
"Oui plus que jamais. Pendant que j'enregistrais, je n'arrivais pas à l'écouter. J'étais trop dedans pour être objectif, je n'avais pas assez de recul. Mais maintenant qu'il est sorti, je le savoure, je l'écoute en boucle et je le trouve bon, en toute modestie..."